Zolotnik! c'est du Russe
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Le Musée de l'armée au Cinquantenaire à Bruxelles abrite l'orfèvrerie des cosaques du Tsar Nicolas II, la Silver Society of Belgium a été invitée à aider la SRAMA et le Musée afin de promouvoir les argenteries et la nouvelle section du musée qui s'ouvrira en 2001.
ZOLOTNIK ! C'est du russe.
"La première façon de savoir si une pièce d'argenterie est russe, c'est d'observer les poinçons" dit, armée de sa petite loupe, Martine D'Haeseleer, présidente et fondatrice de la Silver Society of Belgium (Association belge de l'étude de l'argenterie européenne) et l'une des rares femmes belges experts en orfèvrerie et argenterie. Les Russes ne calculent pas le titre en millièmes comme nous, mais en zolotniks Le taux d'argent le plus courant en Russie est de 84 zolotniks soit :875 millièmes-(chiffre que l'on ne retrouvera jamais sur des pièces européennes) Fabergé, orfèvre russe célèbre pour ses oeufs de Pâques, utilisait parfois de l'argent plus pur, à 88 zolotniks. On peut aussi dater les pièces grâce au système des poinçons. Dans le courant du 19è siècle, l'origine de la pièce se découvre dans le poinçon de la ville:Moscou est représentée par Saint George terrassant un dragon, Saint Petersbourg par les clefs de Saint Pierre ou deux ancres croisées. A partir de la fin du 19è siècle, on trouvera à côté du chiffre du titre une tête de Kokochnik: petite paysanne russe coiffée d'un foulard.
Les techniques-d'orfêvrerie russes se .sont surtout exprimées dans les décors. L'émail, par exemple, que l'on trouve aussi sur les oeufs de Fabergé. L'empire russe occupait un territoire énorme, il est entré en contact avec Constantinople. C'est l'influence byzantine qui a introduit l'émaillage. La grande difficulté est d'insérer plusieurs couleurs sur le même objet. Très vives au début, puis plus nuancées à partir du 19ème siècle, chacune nécessite un temps de cuisson et une température particulière. Deux techniques sont utilisées. Pour le cloisonné, de très fins fils d'argent sont soudés séparant chaque couleur. Pour le 'champlevé', l'orfèvre grave la pièce d'argent puis place la couleur dans les creux. L'énaillage demande du temps et une patience considérables, la pièce repasse au four.pour chaque coloris.
Une autre technique de décor typiquement russe est le 'niéllé'. L'orfèvre grave un dessin, recouvre la pièce d'une poudre où se méglangent: le soufre, le cuivre et le plomb. Après cuisson, le dessin apparaît en noir sur fond argent., Les ateliers d'orfèvrerie utilisant le niéllé étaient souvent situés en Sibérie, mais il n'y a pas vraiment de style Sibérien ou de style Saint-Pétersbourgeois.
L'argenterie russe subit au cours des siècles de multiples influences dans ses motifs: soit slaves, soit européennes, soit autres. Dans la collection des Cosaques du musée de l'armée, une coupe porte des images byzantines; un milieu de table (bol à punch) est orné de motifs de rocailles, de coquilles tout à fait français,. mais les 19ème et 20ème siècles se caractérisent par un grand retour du nationalisme slave, les orfèvres vont alors graver des scènes bucoliques , de paysans aux champs, ou très militaires glorifiant l'armée impériale.
Quant aux objets décoratifs, ils imitent ceux de la vie quotidienne typiquement slave: les Kovchs, par exemple. Ce sont de grandes coupes munies d'une anse, qui servaient autrefois à puiser de l'eau, ou du vin. On dirait de petites barques à fond plat, ou des bateaux de viking pour les plus imposants. L'une, d'une quinzaine de centimètres de long (photo), est en vermeil: l' argent recouvert d'une pellicule d'or et de mercure, a été passé au feu, lui donnant de beaux reflets rouge-or. L'avant de la coupe a disparu ce devait être un "aigle à deux têtes", symbole impérial. Il date de 1720, car le portrait de Pierre le Grand -sans doute le donateur- y est gravé.
Les objets que l'on peut voir dans cette collection sont souvent des gratifications; d'usuels à l'origine, ils sont devenus des cadeaux offerts par le Tsar à ses soldats. Cette kroujka de 1894 est aussi caractéristique: elle ressemble à une grande chope à bière. Son décor imite le bois et les cerclages d'un tonnelet : La kroujka, utilisée pour faire la fête, était offerte comme cadeau de bienvenue.
Mais la plus belle pièce de la collection
au point de vue technique d'orfèvrerie est cette petite coupe ornée d'oiseaux
stylisés en émaux 'au champlevé', qui date de 1874,-le poinçon atteste un titre
de 91 zolotniks,soit un taux d'argent presque pur. Elle est signée d'un des
plus grands orfèvres russes: Ovtchinikov. Le couvercle du récipient est étonnant:
il imite une pièce de tissu réalisée en fils d'argent, dont la broderie au point
de croix.est faite d'émaux….
Texte de Martine D'Haeseleer
Expert
et enseignante en argenterie belge et européenne ancienne
Créatrice du Site
http://www.silverbel.org
But : promouvoir l'argenterie belge et
européenne ancienne , moderne et contemporaine au niveau international.